Le mot âme vient du latin, anima qui veut dire souffle, vie. Elle recouvre plusieurs sens dans le langage courant comme dans la Bible. C’est avec raison que St Thomas d’Aquin étend la notion d’âme à tous les êtres vivants. Il parle d’êtres « animés » et d’objets « inanimés »[1]Somme théologique, Première partie, question 75 : L’essence de l’âme, réponse..
En effet, dans la Bible, l’âme est traduite par le terme hébreu Nephesh, (נֶּפֶשׁ), que l’on retrouve plusieurs fois dans le récit de la Création. Il désigne les créatures. On le transcrit aujourd’hui par le mot « êtres ».
Ainsi on le retrouve en Genèse 1, 20 traduit en français par « Que les eaux foisonnent d’une profusion d’êtres vivants », mais en latin par « producant aquae reptile animae viventis ». L’âme désigne donc ici des animaux.
Lors du Déluge, Nephesh/anima désigne l’ensemble des êtres vivants, hommes et animaux (Genèse 9,16).
En Genèse 46, 15, Nephesh/animae désigne uniquement des personnes humaines.
En Lévitique 24, 18, Nephesh/anima est synonyme de vie.
Dans Maria Valtorta, Jésus emploie même l’âme dans le sens courant d’essence des choses :

Chaque lieu a son âme, c’est à dire l’esprit pour lequel il fut édifié; le Temple devrait avoir l’âme de prière, de sainteté. EMV 70.

Cette notion élargie est reprise par St Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique. S’il emploie le terme générique d’âme, il distingue cependant la vie végétative, la vie animale et la vie spirituelle, celle que retient l’Église catholique, sous le vocable « d’âme », comme principe de vie et de pensée de l’homme.
En effet, créée par Dieu à son image (Genèse 1,27), la personne humaine est un être à la fois corporel et spirituel. L’âme immortelle est l’élément spirituel de son être [2]Catéchisme de l’Eglise catholique § 362 et suivants.. L’esprit et la matière, dans l’homme, sont si unies qu’elles forment une unique nature. Dans Maria Valtorta comme dans tout le domaine spirituel, le mot âme désigne la personne humaine dans ce qu’elle a de plus noble.
La création des âmes, dans leur splendeur initiale, est montrée à Maria Valtorta dans la vision béatifique du 25 mai 1944 (Les Cahiers de 1944). Le Père crée les âmes par amour pour son Fils. Lequel les juge par zèle pour son Père.
Si l’âme est immortelle, quel que soit son destin de félicité ou de damnation, il n’en est pas de même du corps qui « poussière, retournera en poussière » (Genèse 3,19). Nous entrerons dans l’Éternité avec un corps glorieux. La vision de cette résurrection des corps est donnée à Maria Valtorta le 29 janvier 1944 (Les Cahiers de 1944): d’une terre ravagée par la désolation, émergent les corps magnifiés des élus et les corps difformes des damnés.
Ce destin d’éternité, à notre libre arbitre, commence par l’infusion de l’âme dans le corps naissant.

 Quand l’âme est-elle insufflée ? 

Jésus affirme que l’âme n’est insufflée qu’au fœtus et non à l’embryon, soit après les huit semaines de conception si l’on en croit la science contemporaine mais Maria Valtorta ne précise pas (EMV 204). L’homme n’est d’abord qu’une semence charnelle, puis un embryon d’animal, pas différent de celui d’une brebis (EMV 118).
Affirmation surprenante, même si le code de droit canonique [3]CIC § 871 : S’ils sont vivants, les fœtus avortés seront baptisés dans la mesure du possible. dit que le fœtus (et non l’embryon) peut être baptisé comme seules les personnes humaines peuvent l’être.
Cette thèse de l’animalité primitive était défendue par Aristote et fut reprise par St Thomas d’Aquin qui situait l’infusion de l’âme divine assez tardivement dans la grossesse (40 jours, soit presque 6 semaines). On s’interroge : l’avortement serait-il licite avant cette date puisque l’âme n’est pas présente ?
Non, ce n’est ni ce que dit St Thomas d’Aquin, ni ce que disent l’Église, Maria Valtorta, ou même le Comité d’éthique (France).
Pour ce Comité, l’embryon est une « personne humaine potentielle ». Autrement dit, il possède déjà cette nature en devenir. L’embryon est déjà le fœtus qui lui-même est déjà nourrisson. L’état du développement change, mais l’unicité de la nature est la même.
Pour l’Église la protection de la vie à naître s’étend de la conception à la naissance. Elle souligne le « lien étroit qu’il y a entre le moment initial de l’existence et l’action de Dieu Créateur (Evangelium vitae, § 44) » et précise que même si le Magistère ne s’est pas prononcé sur le moment de l’infusion de l’âme, « l’Église a toujours enseigné, et enseigne encore, qu’au fruit de la génération humaine, depuis le premier moment de son existence, doit être garanti le respect inconditionnel qui est moralement dû à l’être humain dans sa totalité et dans son unité corporelle et spirituelle » (Ib° § 60).
St Thomas d’Aquin dit de même : l’âme immortelle est présente avec ses potentialités, dès la conception :

L’âme préexiste dans l’embryon ; elle y est d’abord nutritive, puis sensitive, et enfin intellective [4]Somme théologique, Première partie, Question 118, d’où provient l’âme de l’Homme, article 2, Réponse..

Ce qui veut dire que l’âme est tout de suite en devenir, dès l’embryon. En ce faisant, elle récapitule la Création, souffle de Dieu [5]Cf. Genèse 1,1-2 : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle (Esprit : רוּחַ (ruaḥ) Spiritus) de Dieu planait au-dessus des eaux. : ce souffle se fait d’abord nutrition, fonction commune à tous les êtres vivants, y compris les plantes, puis, dès que l’embryon se développe suffisamment, le souffle se fait sensibilité, propriété commune aux hommes et aux animaux, et enfin au stade voulu du développement, il se fait « intelligence », fonction propre aux hommes, sa partie immortelle faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette récapitulation du souffle créateur n’est pas coexistence, mais unicité comme le constate et le proclame l’Église (CEC § 365) dans l’union de l’âme et du corps. St Thomas d’Aquin l’explique :
L’embryon n’a d’abord qu’une âme sensitive. Celle-ci disparaît, et une âme plus parfaite lui succède, qui est à la fois sensitive et intellectuelle [6]Somme théologique, Première partie, Question 76, L’union de l’âme au corps, article 3, solutions 3..
Jésus, dans Maria Valtorta, récapitule cet enseignement dans son discours inaugural à la « Belle-Eau » au commencement de sa vie commune avec les apôtres (Jean 3, 22). Il souligne qu’au terme de cette gestation, il y a le sublime destin des fils de Dieu :

D’abord, l’homme n’est qu’une semence qui se développe, semence de chair au lieu de gluten ou de moelle comme l’est celle des blés ou des fruits. Tout d’abord, ce n’est qu’un animal qui se forme un embryon d’animal pas différent de celui qui maintenant grossit dans le sein de cette brebis. Mais, à partir du moment où dans cette conception humaine pénètre cette partie incorporelle et qui cependant est la plus puissante dans son incorporéité qui l’élève, voilà qu’alors l’embryon animal, non seulement existe avec les pulsations de son cœur, mais « vit » selon la Pensée Créatrice, et devient homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, fils de Dieu, futur citoyen du Ciel. EMV 118.

Nature et rôle de l’âme.

Seule l’âme humaine dans son achèvement est promise à l’immortalité. Cependant, créée pure dans le cœur du Père, elle est infusée dans l’homme avec la souillure originelle. Elle ne peut seule retrouver sa valeur initiale sans le secours de la Grâce.
Jésus le dit :

Si une âme savait se conserver telle qu’elle est après le Baptême et après la Confirmation, c’est-à-dire au moment où elle est littéralement imbibée de grâce, cette âme serait à peine moins que Dieu [7]Les Cahiers de 1943, 6 juin..

Affirmation étonnante que confirme le Psaume 8, 5-7 :

Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, et le fils de l’homme, pour que tu en prennes soin ? Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, tu l’as couronné de gloire et d’honneur. Tu lui as donné l’empire sur les œuvres de tes mains; tu as mis toutes choses sous ses pieds.

Jésus le confirme lorsqu’il laisse ce testament au soir de sa Passion :

Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père (Jean 14,12).

C’est dire que le prix et la valeur d’une âme sont tels que les trésors de la terre ne suffisent pas à l’acheter. Il faut le Sang d’un Dieu. Le mien, dit Jésus à Maria Valtorta [8]Ib°, 21 juillet..
Une telle âme est l’enjeu de l’Adversaire, du plus beau des anges devenu Lucifer lorsqu’il choisit de s’admirer en se faisant l’égal de la source qui le créa.
Quand une âme, non seulement se refuse à l’opération de Dieu, mais couve en elle de la hargne envers le Père et ses frères et sœurs, notre œuvre disparaît complètement et Satan, le Maître du péché, s’installe dans cet enchevêtrement de passions déréglées [9]Ib°, 17 juillet..
Jésus indique l’antidote : la Grâce qui permet d’avoir la ressemblance intellectuelle avec Dieu. Sans elle, nous serions simplement des créatures animales, évoluées au point d’être pourvues de raison et d’une âme, mais d’une âme au niveau de la terre, capable d’évoluer dans les contingences de la vie terrestre, mais incapable de s’élever jusqu’aux régions de la vie de l’esprit. Donc, pas beaucoup plus que des brutes, dont la conduite est réglée seulement par l’instinct [10]Ib°, 6 juin..

Vie et « mort » de l’âme.

Jésus, dans Maria Valtorta, annonce que l’âme passe par trois phases de création :
La première c’est la création propre à tous les hommes. La seconde c’est une nouvelle création, propre aux justes. La troisième c’est la perfection, propre aux saints (EMV 204).
Cette affirmation est étonnante au premier abord car nous n’avons qu’une seule vie et nous sommes qu’un seul être. Mais à y regarder de plus près l’étonnant se trouve dans la profondeur de cette affirmation.
En effet, si l’âme immortelle de tous les hommes est créée par Dieu, le Baptême est une nouvelle création ou plus exactement un régénérescence comme fils de Dieu, dit le Catéchisme de l’Église catholique (§ 1213). Elle nous ouvre la porte de l’Esprit, nous libère du péché, nous faisant membre du Christ et participant à la mission de l’Église [11]Concile de Florence (Denziger § 1314).. C’est la nouvelle naissance dont parle Jésus à Nicodème :

Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3, 3-5).

Dans ce cas, quelle serait la troisième phase de « création » réservée aux saints ? Deux hypothèses se présentent, mais elles ne sont qu’hypothèses de notre part :
Soit il s’agit de l’âme purifiée et délivrée de son corps, conditions pour accéder au Paradis.
Soit il s’agit de la corédemption. En effet, elle unit au Christ ceux qui décident de le suivre sur la Croix, à son imitation et à sa suite. Ce qu’exprime saint Paul dans cette phrase fondatrice des âmes victimes :

Avec le Christ, je suis crucifié. Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Galates 2,19-20).

On sait, par le témoignage des mystiques, que ce moment d’union est matérialisé par la transverbération, moment où le feu de pur amour transperce le cœur. Moment qui perdure parfois par la marque des stigmates visibles ou invisibles. Ce dont témoigne de nouveau saint Paul :

Je porte dans mon corps les stigmates (stigmata) des souffrances de Jésus (Galates 6, 17)[12]Dans la Vulgate : sit ego enim stigmata Iesu in corpore meo porto..

Peut-être les « cent quarante-quatre mille » qui accompagnent l’Agneau partout (Apocalypse 14, 1-5).

Articles suivants :

Principales citations de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

Principales citations des Cahiers de 1943.
Principales citations des Cahiers de 1944.

Notes   [ + ]

1. Somme théologique, Première partie, question 75 : L’essence de l’âme, réponse.
2. Catéchisme de l’Eglise catholique § 362 et suivants.
3. CIC § 871 : S’ils sont vivants, les fœtus avortés seront baptisés dans la mesure du possible.
4. Somme théologique, Première partie, Question 118, d’où provient l’âme de l’Homme, article 2, Réponse.
5. Cf. Genèse 1,1-2 : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle (Esprit : רוּחַ (ruaḥ) Spiritus) de Dieu planait au-dessus des eaux.
6. Somme théologique, Première partie, Question 76, L’union de l’âme au corps, article 3, solutions 3.
7. Les Cahiers de 1943, 6 juin.
8. Ib°, 21 juillet.
9. Ib°, 17 juillet.
10. Ib°, 6 juin.
11. Concile de Florence (Denziger § 1314).
12. Dans la Vulgate : sit ego enim stigmata Iesu in corpore meo porto.