L’Église célèbre le 21 novembre, la Présentation de Marie au Temple. Cette fête  est attestée à Constantinople dès le VIIIe siècle. Elle est passée en Occident en 1372 sur l’initiative du Pape Grégoire XI.
On comprend généralement cet événement comme l’équivalent de la présentation de Jésus au Temple. Il s’agit d’une cérémonie où le jeune enfant est présenté à Dieu d’une part et où la jeune mère est purifiée. Cette cérémonie se déroulait 20 jours après la naissance pour les garçons et 40 jours après pour les filles.
Dans Maria Valtorta, la présentation de Marie au Temple recouvre un second événement : celle où la jeune enfant, âgée de trois ans, est confiée au Temple pour y être éduquée et y être affectée aux travaux féminins.  Elle avait été en effet consacrée au Temple par Anne, sa mère, qui l’enfanta en sa vieillesse.

Cette fille est donc consacrée au Seigneur ? dit le Prêtre qui reçoit la jeune Marie âgée de 40 jours. Sa bénédiction l’accompagnera et vous pareillement, Voici (une autre) Anne qui arrive. Ce sera une de ses maîtresses : Anne de Phanouel de la tribu d’Azer. Viens, femme, cet enfant on l’offre au Temple, tu seras sa maîtresse et sous ta garde elle croîtra en sainteté. Comme une hostie de louange [1]EMV 6..

Trois ans plus tard, la jeune Marie monte joyeusement les marches du Temple pour y rester jusqu’à l’âge nubile au seuil de ses seize ans. Elle ne reverra plus jamais ses parents [2]EMV 8..
Ce second événement, suppose l’existence de jeunes filles affectées au service du Temple. Cette hypothèse trouve son fondement dans les écrits d’autres voyantes [3]Marie d’Agréda et Anne-Catherine Emmerich, notamment. comme dans la tradition, aussi bien apocryphe que des Pères de l’Église.

Dans la Bible.

L’Ancien Testament mentionne, par deux fois, le service de femmes à l’entrée de la Tente de la Rencontre :

(Béçaléel) fit le bassin de bronze et son support en bronze, avec les miroirs des femmes de service qui faisaient le service à l’entrée de la Tente de la Rencontre (Exode 38,8).
Éli était devenu très vieux. Quand il apprit tout ce que faisait ses fils à l’égard de tout Israël, et qu’ils couchaient avec les femmes qui assuraient le service à l’entrée de la Tente de la Rencontre (1 Samuel 2,22).

Dans le Nouveau Testament, le descriptif d’Anne la prophétesse qui “ne s’écartait pas du Temple, rendant un culte [à Dieu] nuit et jour par des jeûnes et des prières” (Luc 2,3 7) laisse supposer qu’il y avait des femmes dans le Temple.
Dans le Psaume 44 (Hébreu 45), on peut entendre des échos de cette entrée de la jeune Marie au Temple :

Écoute, ma fille, regarde et sois bien attentive. Ne pense plus à ton peuple ni à la famille de ton père. Que le roi soit amoureux de ta beauté ! C’est lui qui est désormais ton seigneur. Incline-toi devant lui. Les gens de Tyr, les peuples les plus riches chercheront ta faveur en t’offrant des cadeaux. La princesse, resplendissante, fait son entrée dans sa robe brodée d’or. Vêtue de broderies aux mille couleurs, elle est conduite auprès du roi. À sa suite, des jeunes filles, ses compagnes, sont introduites pour toi. On les conduit parmi les cris de joie, elles entrent au palais du roi (Psaume 44 (45) 10-16).

Dans la tradition apocryphe.

Le Protévangile de Jacques, un apocryphe chrétien du IIe siècle (§ 7), et le Pseudo-Matthieu (§ 4), version latine plus tardive [4]Début du VIIe siècle. Il est autrement appelé Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur., mentionnent que Marie fût confiée au Temple à l’âge de trois ans dans la suite du vœu formulé par ses parents en action de grâce pour sa naissance.
Ils ne précisent pas cependant que la “maîtresse des novices” fut Anne la prophétesse connue des Évangiles [5] Luc 2, 36-38.. Cette indication est propre à Maria Valtorta et Maria de Ágreda.

Dans la tradition de l’Eglise.

Cette présence de jeunes filles est reprise par de nombreux auteurs anciens :

  • Saint Grégoire de Nysse (IVe siècle) situe dans sa lettre “Sur la naissance du Christ” la présence des jeunes filles “entre le temple et le voile“.
  • Maxime le confesseur (580-662), un Père de l’Eglise, mentionne dans sa “Vie de la Vierge”,  que Marie fut confiée à trois ans au Temple par ses parents.
  • Saint Jean Damascène (VIIe siècle) dans sa Première homélie pour la nativité de la Vierge Marie cite la jeune Marie, dans sa “troisième année“, présentée au Temple par ses parents “pour qu’elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu“.

Dans les Instructions… sur les principales fêtes de l’Eglise par un directeur de séminaire, l’auteur signale  que la jeune Marie fut effectivement confiée au Temple à l’âge de trois ans et que cette tradition ancienne était largement admise :

Indépendamment de cette première offrande (au Temple), la tradition nous apprend que la très-sainte Vierge, à peine âgée de trois ans, selon le sentiment commun, se consacra, d’une manière publique et solennelle, au service de Dieu dans le Temple [6]Tome 2, page 326..

Il l’étaye par des références telles que : saint Épiphane (IVème siècle), saint Germain de Constantinople (début du VIIIème siècle), saint André de Crète (début du VIIIème siècle), saint Georges de Nicomédie (IXème siècle) et “plusieurs autres écrivains grecs“. Il fait référence aussi à Baronius [7]Vénérable cardinal Cesare Baronio (1538-1607) qui attribuait ce séjour au Temple à la consécration faite par sa mère.
Saint Alphonse de Liguori (1676-1787), Docteur de l’Église, fait référence dans son ouvrage fondateur de sa théologie mariale Les Gloires de Marie (1748), à la vision de Sainte Élisabeth de Schönau (1129-1164) amie de sainte Hildegarde,  et à celle de Sainte Brigitte de Suède (1303-1373) selon lesquelles la Vierge Marie aurait bien été élevée au Temple.

La Vierge Marie a bien été élevée au Temple.

Ainsi donc le séjour de la jeune Marie au Temple est largement attesté et c’est avec raison que l’ Oeuvre de Maria Valtorta en restitue l’authenticité. Elle éclaire de plus la cohérence de nombreux événements marquants de l’Évangile tel que le vœu de virginité de Marie et les conditions de son mariage avec Joseph.
Dans Les merveilles de l’architecture, André Lefèvre  [8]éd. Hachette, Paris 1884, page 36. La citation ne se trouve pas dans les éditions précédentes. situe même l’endroit où se trouvaient les cellules des jeunes vierges :

La partie centrale du Temple, destinée au grand pontife et aux sacrificateurs, longue de soixante coudées sur vingt, présentait trois étages superposés, environnés de galeries et de cellules, que peuplaient, non seulement des lévites, mais encore des prêtresses et des danseuses sacrées”.

Les termes “prêtresses” et “danseuses sacrées” sont un peu incongru, mais l’auteur était plus admiratif du siècle des lumières que de la tradition chrétienne.

Ce n’est que dans les siècles récents que ce séjour au Temple  a fini par se confondre avec la cérémonie de la Présentation au Temple. Cela justifie d’autant que le Ciel ait confié à Maria Valtorta une Oeuvre qui restaure ce que le temps a érodé.

Notes   [ + ]

1. EMV 6.
2. EMV 8.
3. Marie d’Agréda et Anne-Catherine Emmerich, notamment.
4. Début du VIIe siècle. Il est autrement appelé Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur.
5. Luc 2, 36-38.
6. Tome 2, page 326.
7. Vénérable cardinal Cesare Baronio (1538-1607)
8. éd. Hachette, Paris 1884, page 36. La citation ne se trouve pas dans les éditions précédentes.